La rue où Google s’est arrêté

« J’étais dans une de ces forêts où le soleil n’a pas accès mais où, la nuit, les étoiles pénètrent ». René Char, Pénombre

Lorsque dans Google Streetview vous vous déplacez sur la carte pour aller voir à quoi ressemble un lieu, les rues que vous pouvez visiter virtuellement sont rehaussées de bleu. Mais là où la voiture Google n’est pas allée, les voies sont restées blanches.

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Centre-ville d’Olot dans Google maps (janvier 2017)

Cela ne veut pas forcément dire qu’elles sont complètement invisibles (on a souvent  une perspective, une vue d’ensemble) mais lorsque vous voulez avancer dans une rue « blanche » vous vous heurtez vite à un mur de verre qui vous empêche d’aller plus loin. L’exploration s’arrête net. Google vous propose de partir en arrière ou de faire un saut par dessus la rue. Tout un univers vous échappe et vous restez devant votre écran comme devant un mystère, au seuil d’un autre monde. Comme devant un poème dont on voudrait trouver la clé.

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Carrer Sant Antoni, Olot (capture de googlestreet 26 janvier 2017)

Ce sont des angles morts, des friches numériques qui forment une cartographie inversée de la ville. Prenez une feuille noire et dessinez les zones blanches, il semble qu’un archéologue ait fait le relevé de pétroglyphes représentant la carte du ciel et ses constellations. En voyant cet étrange cariotype spectral   on se demande à quel être surnaturel appartiennent ces chromosomes ?

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Olot, cartographie des zones blanches de la ville (ER, Janvier 2017)

A Olot, j’ai décidé de les cartographier et de les explorer.  J’en ai fait des points de mire pour mes cheminements dans la ville. Une sorte de contrainte oulipienne d’exploration urbaine. Et le jeu en valait la chandelle, malgré quelques déceptions. Les zones blanches m’ont mené dans des lieux que le hasard m’aurait permis de découvrir beaucoup plus lentement voire jamais. Elles m’ont porté vers des friches, des chemins oubliés, des réseaux secrets d’escaliers, des places, des passages. J’ai découvert qu’une rue pouvait avoir une double personnalité, rue et impasse à la fois. J’ai vu des chemins humains devenir des coulées animales dans l’herbe. Je publierai ici quelques unes de ces expériences.

[Ce texte appartient à la série La rue où Google s’est arrêté initiée à Olot à la Faber Residency en janvier 2017]

 

 

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